• Antoine Bourdelle (1861-1929)

  • 32 x 21,2 cm
    Legs Rhodia Dufet-Bourdelle à la Ville de Paris, 2002
  • 1885
  • Plume et lavis d'encre brune sur papier quadrillé
  • MB d. 1528
  • Paris, musée Bourdelle

« La bête, furieuse, l'enveloppait du battement de ses ailes; il l'étreignait contre sa poitrine, et à mesure qu'elle agonisait ses rires redoublaient, éclatants et superbes comme des chocs d'épée. »
(Gustave Flaubert, Salammbô)

La littérature irrigue la production d'un artiste qui aime à se désigner comme « poète » et qui, bientôt, illustrera les ouvrages de ses contemporains. Ainsi est-ce le roman Salammbô (1862) de Flaubert qui souffle au jeune Bourdelle le sujet de l'œuvre inaugurale Première victoire d'Hannibal. Le jeune Hannibal, futur général carthaginois, tient à bout de bras un aigle éployé : traduction graphique de la sculpture, le dessin est exempt de la cruauté du récit flaubertien. Tout en hachures et en zébrures, en contours fulgurants et en ombres violentes, l'empoignade tient moins du massacre que de l'apothéose fulgurante. Eu égard aux macules de l'encre noire, au jaunissement du papier ou au quadrillage de la feuille, le dessin trahit la fougue de la jeunesse et la ferveur de l'écolier. Plein de sève, il séduira jusqu'au poète parnassien José-Maria de Heredia (1842-1905) :
« Je verrai Hannibal au salon et nous nous arrangerons pour que j'aille admirer vos beaux dessins. »
Lettre de José-Maria de Heredia à Antoine Bourdelle, [1885], Paris, musée Bourdelle.

Auteur de la notice : Colin Lemoine