Evénement
Journée d'études « Vêtements d'artistes. Représentations et mises en scène de soi, de l'Antiquité à nos jours »
Dans le cadre de sa prochaine exposition « L'étoffe de l'artiste. De Rosa Bonheur à Sonia Delaunay », le musée Bourdelle organise une journée d'études intitulée « Vêtements d'artistes. Représentations et mises en scène de soi, de l'Antiquité à nos jours » le lundi 9 novembre 2026.
© Albert Harlingue - Roger-Viollet
Organisée par le musée Bourdelle à l’occasion de l’exposition « L’étoffe de l’artiste » (23 septembre 2026 -24 janvier 2027), la journée d’étude « Vêtements d'artistes. Représentations et mises en scène de soi, de l'Antiquité à nos jours » s’attachera aux pratiques vestimentaires des artistes, en interrogeant la place du vêtement dans la construction d’une figure d’artiste, autrement dit d’expliciter les liens qui existent entre le corps de l’artiste, son habit, ainsi que les représentations qui leur sont associées. Elle souhaite mettre en lumière des objets trop longtemps mis de côté ; elle démontrera l’importance de l’étude des habits d’artistes et du soin apporté (ou non) par certains et certaines à leur apparence extérieure (silhouette, pilosités, soin du corps), en tant que cela devient un trait constitutif de leurs personnalités.
Une large amplitude chronologique, de l’Antiquité à nos jours, permettra de souligner les phénomènes contraires de singularisation et d’affirmation des artistes, logiques ancrées depuis des siècles dans la construction et la fabrique d’une identité d’artiste.
Le lundi 9 novembre 2026 - horaires et réservation à venir
« […] Maintenant chez le peintre, la misère est la base fondamentale du costume. Plus de costumes du Moyen âge, plus de chapeaux pointus et presque plus de cheveux longs. Les rapins excentriques n’existent que dans les vaudevilles. On ne voit aujourd’hui au Louvre que chapeaux hors d’âge […] et souliers qui font trembler leurs propriétaires à la moindre pluie. Ou bien on remarque des peintres qui ont des habits honnêtes, et des tenues d’employés à douze cents francs »
Le vêtement, fait social que nous avons tous en partage, suppose une identité que l’on porte sur soi et que l’on donne à voir aux autres. Et si l’apparence extérieure est une esquisse de soi, qui mieux que l’artiste pour tracer son existence par sa silhouette et sa mise ? Parce que le statut d’artiste est régulièrement associé aux notions d’originalité, de singularité, d’inspiration ou de génie, la construction de cette identité-artiste possède une place toute particulière – et peu étudiée - au sein de l’histoire de l’art, d’autant qu’elle s’incarne par le vêtement et par l’enveloppe.
Les garde-robes des artistes sont des lieux importants. Les incursions entre les cintres et portants ouvrent de nouveaux champs de réflexion. Elles permettent d’aborder la vie de l’artiste par son corps et d’y retrouver deux aspects a priori contradictoires : la réalité matérielle de l’artiste (exhibée ou dissimulée) et la construction d’un archétype. D’ailleurs, nos psychés sont imprégnées de stéréotypes. Imaginer un artiste fait apparaître une silhouette archétypale nette : palette à la main (l’artiste serait toujours peintre), cheveux longs et veste recouverte de taches (l’incontournable négligé), barbe en broussaille (un homme donc). Interroger la construction de ces préjugés revient à décortiquer soigneusement les différents plis qui constituent cette enveloppe.
Un autre préjugé qui persiste aujourd’hui est de considérer l’artiste comme excentrique, cherchant à démontrer son originalité jusque dans son vestiaire. Pourtant, cela n’a pas toujours été vrai. A la fin du 19e siècle, la grandeur de l’habit noir, « la pelure du héros moderne » décrite par Charles Baudelaire, suppose élégance et discrétion. Est-ce que le costume désigne toujours du doigt l’artiste, comme c’est le cas avec le « vêtement de fantaisie » de James Pradier ? Faut-il se jouer d’une certaine excentricité afin d’inscrire, dans la légende des siècles, les corps des artistes - comme ce gilet rouge porté par l’écrivain Théophile Gautier, qui rappelait, en parlant des Romantiques, que leurs poésies, leurs livres, leurs articles, leurs voyages seraient oubliés, mais que de leur gilet rouge, il serait toujours question2 ? Rappelons également que les silhouettes des artistes ne sont pas toujours des constructions volontaires. L’impécuniosité inévitable de certains artistes se traduit par un vestiaire de nécessité. Enfin – ou surtout – est-ce toujours une mise en scène de soi…ou faut-il quelqu’un pour distinguer l’excentrique de celui qui ne l’est pas ?
Comité scientifique et organisation :
- Ophélie Ferlier Bouat, conservatrice générale, directrice du musée Bourdelle
- Lili Davenas, conservatrice peintures et arts graphiques, musée Bourdelle
- Valérie Montalbetti Kervella, responsable des sculptures et des collections de Bourdelle, musée Bourdelle
- Denis Bruna, conservateur en chef, département mode et textile, collections antérieures à 1800, Musée des arts décoratifs et conseiller scientifique pour l’exposition L’étoffe de l’artiste
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